Aujourd’hui, j’aimerais échanger avec vous sur un point bien trop récurrent dans la perception que les gens des éducateurs canins en méthode dite « positive », je veux bien sûr parler de la récompense alimentaire.
 
Beaucoup sont réticents à l’idée de demander l’aide d’un professionnel en « méthode positive », injustement renommée « méthode croquette » par certain(e)s. On a pratiquement tous déjà dit ou entendu des propos tels que « Ton chien te prend pour une saucisse géante, il ne te respecte pas » ou bien « C’est normal que ton chien fasse ce que tu lui demandes avec une croquette. Mais sans ta croquette, ton chien ne fera plus rien ».
 
Premièrement, le respect est une chose bien subjective et beaucoup la confondent avec une chose malheureusement bien différente : la crainte. Il n’y a aucune étude qui démontre que les relations entre l’humain et le chien se dégradent à la suite de récompenses, qu’elles soient alimentaires ou d’une autre nature. Elles tendent à démontrer en revanche que ces relations s’améliorent (c’est logique que cela s’améliore me direz-vous, puisque le chien est récompensé généreusement). Mais croyez-vous réellement que les chiens nous respectent plus si on les « menace » ? Mettons-nous dans leur peau quelques secondes. On va prendre l’exemple d’une simple marche en laisse sans tirer à l’aide d’une « technique » encore trop utilisée : la saccade. Je ne vais pas vous parler de ce qu’ils ressentent puisque je n’ai pas cette prétention de le savoir. Je peux simplement vous laisser imaginer ce qu’ils peuvent ressentir physiquement et émotionnellement lorsqu’ils se prennent une saccade à chaque fois qu’ils tirent trop. Je ne vais pas non plus vous parler des dégâts que cela cause sur leurs cervicales, sur leur trachée ou autre. Pour les plus sceptiques, je vous invite à essayer cela en binôme pour vous en rendre compte par vous-même. Sans parler de saccades, essayez simplement d’être tenu(e) en laisse « pour voir ce que ça fait ». J’ai moi-même expérimenté cela et ça m’a permis de me rendre compte, au moins un peu, de ce qu’un chien peut ressentir. Cela amène à réfléchir. Certains diront « C’est au début, après il comprend vite et arrête tout seul ». Dans les quelques cas où effectivement le chien arrête de produire le comportement indésirable, il n’arrête pas pour autant ses émotions, qui restent très probablement négatives, même s’il ne le montre pas. Mais cela a un nom, ça s’appelle « l’impuissance acquise ». Le chien s’est résolu à ne pas pouvoir agir sur son environnement.
 
Deuxièmement, tout comme l’humain, chaque apprentissage que fait l’animal est associé à une émotion. Parfois positive, parfois « neutre », parfois négative. La récompense alimentaire est utilisée pour ajouter une émotion positive à un apprentissage, pour que l’animal ait envie de reproduire le comportement en apprentissage, parce que « C’est trop cool de faire ça ! ». La récompense alimentaire sert simplement à fixer une émotion positive sur le comportement pour qu’il ait envie de le reproduire. Très vite, la récompense alimentaire est retirée pour laisser place à d’autres formes de renforcements. Prenons l’exemple d’un chien dit « agressif » envers les humains. Que ce soit pour de la peur, une sensibilisation à l’humain ou autre, on peut tous dire que pour le chien, l’humain est associé à une émotion négative. Que ce soit de la peur ou autre chose, le chien le montre simplement en extériorisant ses émotions. Une des solutions les plus efficaces de prise en charge serait de le renforcer avec une récompense alimentaire à chaque fois qu’il voit un humain, et avant qu’il se déclenche. Après plusieurs répétitions, le chien aura associé l’arrivée de l’humain à quelque chose de positif. Très vite, la récompense alimentaire est retirée puisque l’émotion positive a déjà été associée lors des différentes répétitions. La durée et la fréquence de ces renforcements est bien évidemment liée à l’individu que l’on souhaite aider.
 
Mais pourquoi se servir de récompenses alimentaires et pas de caresses, jouets ou autres ? Il existe 3 types de renforcements (récompenses). Les renforcements primaires, tels que la nourriture, la boisson, le dodo, la reproduction. Ce sont des renforcements nécessaires à la survie de l’individu et à la survie de l’espèce. Vient ensuite les renforcements secondaires tels que les caresses, le jeu, la liberté, les congénères etc… Rappelons que ces renforcements sont variables d’un individu à un autre. Un chien peut aimer les caresses mais pas les congénères, et un autre peut apprécier les congénères et pas les caresses. A nous de les observer pour obtenir ces informations ! En dernier vient les renforcements tertiaires, les renforcements dits « intrinsèques ». Le chien se renforce lui-même en produisant le comportement. Prenons l’exemple de la prédation (courir derrière quelque chose en mouvement afin de l’attraper voire même le mettre à mort). Lorsque le chien court derrière quelque chose, il produit des hormones telles que la dopamine ou l’endorphine, qui lui procurent du plaisir. Il n’a pas besoin que quelqu’un ou quelque chose intervienne pour le récompenser puisque le comportement même suffit à lui procurer du plaisir. C’est un renforcement intrinsèque.
La récompense alimentaire est donc un renforcement primaire, d’où l’efficacité particulièrement probante sur la plupart des individus. Beaucoup sont réticents à l’utilisation de friandises car cela amène une logistique et une organisation plus méticuleuses pour les apprentissages de son animal. Je comprends parfaitement qu’avoir des récompenses alimentaires sur soi n’est pas toujours très pratique, mais il n’est pas forcément question de s’en servir chaque fois que l’on sort avec son chien. Si les apprentissages sont bien menés, on s’en sépare très vite pour laisser place à de la coopération. Mieux vaut consacrer quelques heures à son chien en étant dans la réussite que de passer plusieurs semaines à apprendre l’impuissance acquise à son compagnon. Je suis profondément convaincu qu’à la base, chaque personne qui a un animal veut le meilleur pour lui. Mais on ne nous apprend pas toujours les meilleures façons de leur montrer qu’on les aime.
 
Selon moi, un « bon »éducateur canin privilégie tout simplement des apprentissages basés sur une motivation à recevoir une récompense plutôt que sur une motivation à éviter une sanction. Il maîtrise les différents renforcements et punitions à bon escient en prenant en compte l’état physique et émotionnel du chien, tout en prenant en considération celui de l’humain. Il sait aussi bien se servir de renforcements primaires que de renforcements secondaires ou tertiaires et reste principalement dans la réussite de l’animal. C’est ce qu’est un éducateur en « méthode positive », et non pas un éducateur en « méthode croquette » comme bon nombre de gens l’ont laissé penser.
 
Je ne suis pas ici pour critiquer des façons de faire car chacun fait comme bon lui semble avec ses propres idées, valeurs et convictions. J’ai simplement essayé de vous apporter une réflexion sur la question à travers différents arguments. Je voulais également justifier l’utilisation de récompenses alimentaires dans certains apprentissages et répondre à certains arguments cherchant à décrédibiliser les approches respectueuses afin de défendre des méthodes basées principalement sur de l’autorité et de la crainte.
 
Mes convictions ne sont que les miennes et il vous appartient d’avoir les vôtres sur la question. Je serais ravi d’échanger avec vous sur ce sujet si vous le souhaitez !
Et vous, quelle est votre vision sur les récompenses alimentaires ? 🐶